Samedi, 24 Septembre 2011 15:08
Voici le retour d'experience du chef operateur du projet, Antoine Aybes-Gille (www.antoineag.net), sur l'utilisation des Epics en configuration relief avec le module Atom d'Element Technica:
"HighLife, de Mark J. Blackman, le documentaire en relief sur le funambule Jade Kindar-Martin et sa famille, produit par SysmicFilm, en collaboration avec LocaRed et StereoCorp, a littéralement été une histoire des premières fois.
Invité à collaborer à ce projet par Arnaud Paris et Julien Gittinger, je n'ai pas hésité longtemps avant de rejoindre l'aventure : 1 semaine dans les Cévennes pour le tout premier tournage français en Epic3D n'est pas une proposition qui pouvait me laisser indifférent !
Dès notre première rencontre, j’ai mieux saisi les tenants et les aboutissants du projet et surtout l’audace qui le caractérisait. En effet, les contraintes de production étaient telles que nous n'aurions que 4 jours de tournage pour ramener les images de notre teaser, et afin de sécuriser la prise de vue -puisque c'était la première fois que deux caméras Epic allaient opérer en relief en France- nous allions emmener avec nous pas moins de 5 configurations de caméras stéréoscopiques et un Board bien chargé à tourner !
Nous allions ainsi partir à l’aventure avec une configuration de caméras dédiées à chaque type de plans : les stop-motions, les plans de vie et bien sûr les plans scénarisés ou les interviews. Chaque type de plan ayant ses caractéristiques, ses nécessités et ses contraintes techniques.

Si j'ai d'abord été quelque peu inquiet, les discussions avec les différents acteurs du projet, m'ont vite rassuré sur les compromis que nous pourrions trouver afin de réussir ce tournage ! Tourner 15 plans par jour, sans weather-day, avec 5 configurations de caméras différentes et une équipe de tournage de taille de documentaire, nous n’étions a priori pas dans les conditions les plus faciles qui soient…
Mais, l’ouverture d’esprit et l’envie commune qui caractérisaient les différents membres de l’équipe ont été des atouts indispensables, et elles se sont d’ailleurs parfaitement exprimées dans l’approche du relief. En effet, ce qui semblait a priori être une contrainte supplémentaire pour le tournage, à savoir que seul Arnaud Paris avait une véritable et solide expérience de la stéréoscopie, a finalement été une chance et un moteur. De manière paradoxale, Mark Blackman, le réalisateur, et moi-même, qui n'avions aucune expérience en la matière, étions alors autant motivés -pour ne pas dire excités- par le film a tourné, que par les outils dont nous disposions et l’apprentissage nécessaire ! Bien sûr, les contraintes techniques associées à la prise de vue en relief, ne sont pas à minorer. Et les réglages de stéréoscopie sont autant chronophage que n’importe quel autre sur un plateau. Mais Arnaud, Vincent et Laurent, les deux assistant-opérateur, ont réussi a réellement faciliter ces réglages avec le rig relief de chez Element Technica que nous utilisions. Certains plans n’auraient sans doute pas pu être faits sans ce rig de dernière génération, qui offre une souplesse d’utilisation en cours de plan, notamment dans le rattrapage d’écartement entre les caméras, qui a plus d’une fois sauvé la mise en relief d’un sujet très libre !
La complémentarité du Rig et des Epic nous ont d’ailleurs assez vite mené a réduire nos configurations de caméra de 5 à 3… Et pour 4 jours de tournage, c’est bien plus qu’une bonne nouvelle !
Non seulement nous pouvions concentrer nos efforts d’un point de vue technique, mais nous étions alors plus libres de tester de nouvelles choses. La sensibilité et la vitesse de l’Epic ont ainsi put être mises à contribution et ont permis à Mark de d’avantage suivre son personnage principal.
A ce propos, je pense sincèrement qu’avec un peu plus de temps pour optimiser le système, et la complémentarité Rig Element Technica-Epic nous pourrions même utiliser cette configuration sur des systèmes de grue légère, voir sur un EasyRig qui nous permettrait de repenser plus librement encore la notion de distance, si essentielle au documentaire et cruciale pour la stéréoscopie et la mise en relief.

Ici réside sans doute un champ de questionnements largement ouverts, entre d’une part, l’exercice documentaire qui par le biais d’une mise en image tend a nous faire partager un regard et une situation véritable, et d’autre part, les techniques du relief qui peuvent nous offrir une immersion d’une qualité sensorielle encore au-dessus. A l’instar de la voie que le magnifique Pina de Wim Wenders nous a ouverte, Documentaire et Relief, en interrogeant conjointement et différemment la notion, ou les notions, de distance ont certainement encore beaucoup à discuter, et la caméra portée, souple et vivante, que peut sans aucun doute permettre le module Epic saura trouver sa place dans cette recherche esthétique, sensible et intellectuelle.
Personnellement, j’ai hâte…"

